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Comment fabriquer soi-même un bon compost et pourquoi ?

Patrick Mioulane vous propose chaque mois de découvrir la tâche jardinière à effectuer. Parce que le jardin évolue et a besoin d’entretien tout au long de l’année, ne passez pas à côté des conseils avisés de notre expert du jardin.

Les études régulières de l’ADEME (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) indiquent que chaque ménage français produit 580 kilos de déchets par an (-3% en 10 ans), dont un tiers sont des biodéchets dont le recyclage constitue un moyen de valorisation qui s’inscrit dans un concept d’économie circulaire de la matière organique.

Rappel de la règlementation

La loi de transition énergétique pour une croissance verte (LTECV) prévoit d’ici 2025 au niveau des collectivités, une obligation du tri à la source des biodéchets : « pour que chaque citoyen ait à sa disposition une solution lui permettant de ne pas jeter ses biodéchets dans les ordures ménagères résiduelles, afin que ceux-ci ne soient plus éliminés, mais valorisés. » (https://www.ecologie.gouv.fr/biodechets).

Une des solutions les plus simples pour valoriser les biodéchets est celle du compostage domestique, le produit obtenu (compost) ayant un rôle majeur dans le maintien et le développement de la fertilité des sols.

 

Qu’est-ce qu’un biodéchet ?

L’article L. 541-1-1 du code de l’environnement définit les biodéchets comme : « Les déchets non dangereux biodégradables provenant de jardins ou de parcs (épluchures de fruits et de légumes, tontes de pelouse et herbe fauchée, feuilles mortes, tailles d’arbustes et de haies, brindilles et déchets ligneux issus de l’élagage et de l’abattage d’arbres).

Les déchets alimentaires ou de cuisine (restes de repas ou de préparation de repas, ou encore les produits périmés non-consommés) provenant des ménages, des bureaux, des restaurants, du commerce de gros, des cantines, des traiteurs ou des magasins de vente au détail, ainsi que les déchets comparables provenant des usines de transformation de denrées alimentaires. ».

Seuls les premiers peuvent être utilisés par les particuliers pour fabriquer du compost. Pour éviter tout risque sanitaire, les déchets alimentaires devant être traités par des professionnels du compostage ou de la méthanisation.

 

Qu’est-ce que le compost ?

Le dictionnaire donne la définition suivante : « un produit stable, riche en humus, obtenu par les processus biologiques qui décomposent les constituants organiques des sous-produits et déchets ».

Précisons qu’il s’agit d’un processus « contrôlé » en présence d'humidité et d'oxygène, de décomposition et transformation de déchets organiques biodégradables, d’origine végétale et/ou animale, sous l’action de populations microbiennes diversifiées (bactéries, champignons microscopiques, protozoaires, algues, nématodes, etc.), évoluant en milieu aérobie + acariens, insectes et vers ».

Pour simplifier, disons qu’il s’agit du substrat résultant principalement de la décomposition des déchets du jardin et de la cuisine. La notion de stabilité dans le produit obtenu est très importante, non seulement pour le stockage, mais surtout pour l’utilisation dans les sols, sans risque d’impacts négatifs sur l’environnement.

On peut également affirmer que le compost est le résultat d’une activité microbiologique aérobie complexe, comme celle que l’on observe dans le cycle naturel de recyclage de la matière organique (par exemple en forêt).

 

À quoi sert le compost ?

Lorsqu’il est de qualité, le compost, du fait de sa forte teneur en humus, joue dans le jardin, un triple rôle : physique, chimique et bactériologique qui permet l'enrichissement du sol en matières organiques. Il constitue par conséquent un excellent amendement. En revanche, ce n’est pas un support de culture (un terreau) et il doit toujours être utilisé mélangé à la terre (ou au terreau). Il ne participe pas non plus directement à l’alimentation des plantes.

L’humus peut se définir comme l’état final de la dégradation de la matière organique. Il est très important pour le jardin du fait de ses actions sur les sols cultivés (apport d’azote, de phosphore, effet équilibrant…) et sur la physiologie des végétaux (diminution de la transpiration, accélération de la photosynthèse, stimulation de la formation et de la croissance des racines et des tiges, etc.).

Le compost allège et aère les terres lourdes (argileuses). Dans les sols légers (sableux), il s’associe aux particules fines pour leur donner une meilleure cohésion, tout en conservant mieux l’humidité.

Autres points forts, le compost fixe les éléments nutritifs apportés par les engrais et comme sa réaction chimique est généralement acide, il neutralise les sols trop calcaires.

Les vers de terre se nourrissent du compost et ils s'y multiplient. Par leur travail incessant, les lombrics creusent dans le sol des galeries d'air nécessaires l'évacuation de l'eau de pluie (ils produisent un drainage naturel) et à la vie microbienne. Conséquence : compost + vers + micro-organismes contribuent à la fertilité du sol et facilitent le bon développement des racines des végétaux qui s’y trouvent.

Dans le jardin, et notamment au potager, l’emploi du compost est justifié par la perte régulière d'humus dans le sol du fait de la minéralisation (dégradation de la matière organique en éléments minéraux simples par les micro-organismes), mais aussi la rotation rapide des cultures sur la même surface sans période de jachère.

 

Les bases d’un compost réussi

Le compost ne se fabrique pas de la même façon lorsqu’il est industriel ou domestique. Selon les cas, on n’aboutit pas au même produit qui ne vise d’ailleurs pas les mêmes utilisations. Toutefois les principes de base restent les mêmes.

Comme dans une recette de cuisine, c’est avant tout la qualité des ingrédients qui compte. Pour le compost « maison », utilisez de préférence des intrants d’origine végétale, les matières animales (os, arêtes, cheveux) devant être largement minoritaires (maximum 10% du volume). Les tailles de haie, sarments et bois de taille après broyage.

Les intrants doivent être sains et aussi diversifiés que possible, avec une répartition équilibrée entre les éléments herbacés (feuilles, tontes de gazon, épluchures…) et carbonés (paille, écorce, bois, carton…).

Vous devez éviter de mettre à composter des plantes atteintes de maladies (champignons, virus). Soyez très vigilants avec les feuilles des arbres fruitiers et des rosiers par exemple.

Une teneur en humidité d’environ 60% doit être présente dans le tas. Ce dernier doit être aéré, ce qui nécessite de remélanger les éléments du compost une à deux fois par an.

Point très important : plus le volume de matières à composter est important et plus la décomposition sera efficace, avec une montée en température (de 40 à 70° C du fait des réactions d’oxydation) qui élimine ainsi la grande majorité des germes pathogènes. On parle « d’hygiénisation » du compost.

N’oubliez pas que ce sont les micro-organismes (bactéries, actinomycètes, protozoaires, champignons, algues) et des animalcules (nématodes, acariens, insectes et vers) qui assurent la dégradation de la matière organique et par conséquent la transformation des déchets en compost (par la production d’enzymes). De la diversité des micro-organismes dépend la qualité finale du compost.

 

Comment les déchets se transforment-ils en compost ?

Il s’agit d’un processus en deux phases :

  • La fermentation (oxydation) par les bactéries aérobies produit de la chaleur et du gaz carbonique, mais aussi l’évaporation d’eau. C’est une action à effet rapide.
  • La maturation par les bactéries anaérobies, se produit lentement dans un environnement humide.

 

Quelles sont les matières premières à utiliser ?

  • Les feuilles mortes fines (évitez les feuilles de houx et d’agrumes), de petite taille (évitez marronnier, platane) les déchets de tonte, les trognons et les épluchures de légumes, les fougères, les coquilles d’œufs, le marc de café, les sachets de thé, les fleurs fanées, la paille, la sciure, le carton, le papier non imprimé (coupé en lanières), les emballages en amidon de maïs, le fumier, le purin, les fientes de volaille, les cendres de bois de la cheminée, les algues (après rinçage de préférence).
  • Le marc de raisin, les aiguilles de pin et les feuilles de chêne peuvent être compostés, mais il faut neutraliser leur acidité par un apport de chaux.
  • Les déchets de taille et tous les éléments ligneux doivent être broyés préalablement à leur introduction dans le tas de compost.
  • En petites quantités vous pouvez aussi mettre à composter les arêtes de poisson, du pain, des plumes, des restes de viande, des os de volaille.

 

Qu’est-ce qu’il ne faut pas composter ?

Évitez d’utiliser les feuilles des rosiers, des marronniers et des arbres fruitiers (elles sont souvent porteuses de germes de maladies). Idem pour toutes les plantes qui présentent des marques suspectes (taches, moisissure, pourriture, présence d’insectes).

Les feuilles de noyer renferment de la juglone qui est une substance à effet herbicide, à utiliser avec parcimonie.

Ne compostez pas les herbes sauvages portant des graines (pour éviter la germination de mauvaises herbes).

Ne compostez pas non plus : la litière du chat (le fumier d’animaux carnivores est déconseillé), la cendre de charbon, le bois traité, les gros os, les tissus synthétiques, les couches de bébés, les matières plastiques (hormis celles qui sont d’origine végétale), les produits laitiers (attirent les rongeurs et développent des moisissures), les sauces, les huiles.

 

Comment réaliser son compost ?

Faites un premier lit de paille ou de débris végétaux grossiers (brindilles, copeaux) et couvrez-le de 20 à 30 cm de déchets verts, puis si possible d’une couche de fumier frais (en raison de sa grande richesse en micro-organismes).

Tassez modérément car les matières doivent rester aérées pour favoriser l’action des bactéries aérobies et des champignons transformateurs.

Arrosez copieusement sans toutefois que le milieu soit saturé pour maintenir une bonne aération.

Couvrez le tas d’une bâche opaque ou fermez le couvercle du composteur si vous en utilisez-un. Vous évitez ainsi la contamination par des graines de mauvaises herbes transportées par le vent ou les oiseaux.

Il faudrait compter à minima un volume d’un mètre cube pour obtenir un compost valable.

Installez la compostière (ou le composteur) dans un endroit discret et accessible du jardin, de préférence abrité du plein soleil. Le tas de compost gagne à se trouver en contact avec le sol pour permettre aux organismes indigènes de le coloniser et assurer l’écoulement de l’eau en excès.

 

Les règles d’un compostage réussi

  • Varier la nature des déchets. Alterner l’apport d’azote, de carbone, de déchets secs et humides.
  • Couper ou broyer les déchets : plus ils sont petits, plus ils se décomposent facilement.
  • Mélanger les nouveaux déchets avec les couches précédentes dans le composteur.
  • Arroser avec de l’eau de pluie si le compost vous semble sec.
  • Apporter de la matière sèche (papier, carton sans encre, feuilles sèches, copeaux de bois, écorces…) si le compost est trop humide.
  • Pour bien démarrer la fermentation, si vous ne disposez pas de fumier, saupoudrez chaque couche de déchets avec un amendement organique du commerce.
  • En cas de mauvaises odeurs, retourner le tas et incorporer de petits branchages fins et secs afin d’oxygéner.
  • Ajouter un produit activateur de compost si la décomposition se fait mal ou si vous constatez la présence de moucherons en surface.

 

Quels avantages présente l’utilisation d’un composteur ?

Il s’agit d’un contenant ajouré (bois ou plastique) d’aspect plus ou moins esthétique (en tout cas discret), dont l’encombrement optimise l’occupation au sol. À l’inverse son volume est souvent un peu trop réduit pour assurer une bonne décomposition des déchets.

Il faut choisir un composteur résistant aux intempéries (un couvercle incliné protège des pluies) et possédant une ouverture suffisante dans le bas pour extraire le compost mûr.

Une paroi amovible facilite le mélange du contenu.

Avoir deux composteurs ou un modèle à deux compartiments est pratique : dans l’un le compost mûrit tandis que l’autre accueille les nouveaux déchets.

On peut reprocher au composteur la difficulté de contrôler les fermentations, surtout s’il s’agit d’un silo fermé.

Dans les zones rurales, un simple enclos en grillage constitue souvent le plus pratique des composteurs, même s’il ne met pas les matières hors de portée des animaux sauvages.

 

Peut-on faire soi-même du lombricompost ?

Oui, avec des vers de fumier (Eisenia foetida) : mélangez du carton (pour équilibrer les apports d’azote et de carbone) et des épluchures directement dans des trous forés dans la terre à amender.

 

En combien de temps obtient-on un produit utilisable pour le jardin ?

La décomposition s'effectue en 6 à 12 mois. Pour accélérer le processus de décomposition, retournez tous les trois mois le tas de compost, de telle sorte que la couche supérieure se trouve au-dessous, et la couche inférieure au-dessus.

On trouve dans le commerce des produits « activateurs de compost », d’origine naturelle à base des farines de plumes hydrolysées et des extraits liquides de vinasse de betteraves.

Les orties entières, récoltées avant leur floraison, semblent accélérer le compostage.

Vous pouvez ajouter un peu de chaux pour réduire l’acidité naturelle du compost (par exemple des coquilles d’huîtres broyées).

 

Quelles précautions doit-on prendre avant d’employer son compost ?

Pensez à bien tamiser votre compost avant l'emploi afin de n’utiliser que des matières parfaitement décomposées, à moins que vous ne l’utilisiez pour le paillage.

La dose annuelle de compost à apporter au sol varie entre 1 et 5 kg par m2 selon les cultures.

Le compost peut être épandu en surface au cours de l’automne pour qu’il soit « digéré" par les vers de terre durant l’hiver ou mélangé au printemps à la couche arable sur une profondeur n’excédant pas 20 cm.

Utilisez votre compost au fur et à mesure qu’il est « mûr ». Si vous devez le stocker, ne dépassez pas un, an sinon les substances organiques vont se minéraliser et faire perdre au produit tous les bénéfices de l’humus.

 

Quels sont les inconvénients à fabriquer son propre compost ?

Durant son processus de transformation le tas de compost peut émettre beaucoup de protoxyde d’azote, un gaz dont le pouvoir de réchauffement est environ 300 fois plus important que celui du gaz carbonique. Plus on aère un compost, plus le risque d’émissions de ce gaz reste élevé, jusqu’à 10 fois plus dans le cas d’un brassage complet.

Le problème majeur au niveau du compostage « familial » c’est l’inconnu quant à la qualité du résultat dû à la fabrication d’un produit hétérogène puisqu’il n’y a pas de suivi des intrants et que la plupart du temps le volume composté reste faible.

 

Pour conclure

Il faut bien prendre conscience que, si dans son principe, le phénomène est simple (action de micro-organismes de façon spontanée sur la matière organique), le compostage est le résultat d’un ensemble de processus complexes qui doivent être coordonnés. Obtenir un bon produit nécessite par conséquent un vrai savoir-faire, de manière à contrôler correctement les paramètres essentiels (température, oxygène, humidité).

 

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