Comment bien arroser tout en économisant l’eau [1/2]

Patrick Mioulane vous propose chaque mois de découvrir la tâche jardinière à effectuer. Parce que le jardin évolue et a besoin d’entretien tout au long de l’année, ne passez pas à côté des conseils avisés de notre expert du jardin.

"C’est l’été. Courir ? Il fait trop chaud, seuls les arrosoirs ont le droit, et même le devoir de transpirer." (Michel Lis)

Avec le désherbage, l’arrosage est l’une des tâches principales qui incombe au jardinier. Avec les périodes de chaleur de plus en plus longues et fortes que nous connaissons aujourd’hui, abreuver les cultures s’avère indispensable pour les maintenir en bonne forme. Mais face aux potentielles pénuries d’eau, il importe d’adopter une attitude écoresponsable et d’optimiser au maximum les prélèvements de cette précieuse ressource naturelle.

On peut se dire : à quoi bon arroser les jardins, puisque dans la nature, les plantes se satisfont de l’eau qui leur tombe du ciel ? La réponse est : le jardin n’a de naturel que son aspect et certains de ses occupants. Un massif qui regroupe des végétaux originaires des quatre coins du globe, souvent de régions climatiquement très différentes et dont la densité de plantation est bien supérieure à ceux des écosystèmes naturels n’a rien d’un espace naturel. Et que dire du potager qui accueille les « monstruosités botaniques » que sont les légumes issus de sélections millénaires ou les hybrides d’aujourd’hui ? N’oublions pas aussi les pots et les jardinières qui, du fait de leur volume de terre réduit ont besoin d’apports d’eau réguliers.

 

Reconnaître une plante qui a soif

Comme tous les êtres vivants, les végétaux sont essentiellement constitués d’eau. Les tissus les plus tendres comme les feuilles des salades et des poireaux, les jeunes tiges d’asperges, le gazon, les fruits des cucurbitacées (melon, citrouille, courgette, concombre) contiennent plus de 90 % d’eau. Il suffit que la plante perde de 10 à 15 % de son poids en eau pour qu’elle se flétrisse. Les feuilles ramollissent, retombent le long des tiges, la plante paraît avachie.

Attention ! les symptômes sont quasiment identiques à l’excès d’arrosage. Veillez bien à ce que toutes les plantes cultivées en pots disposent d’un trou d’évacuation de l’eau en excès et ne laissez jamais d’eau stagner dans la soucoupe sous le pot.

Le flétrissement du feuillage est le signal d’alarme ultime. Après un copieux arrosage, voire une immersion totale de la plante fanée, une grande majorité d’espèces reprend goût à la vie. Les tissus retrouvent leur turgescence (ils se gorgent d’eau à nouveau et les organes du végétal se redressent), la plante est sauvée. Toutefois, ne vous amusez pas trop à ce petit jeu car il épuise les plantes et certaines, notamment les fleurs annuelles de l’été n’y résistent pas. Intervenez plutôt lorsque vous constatez de très fines rides sur les feuilles ou que ces dernières se replient longitudinalement. Je vous conseille aussi d’utiliser l’hortensia comme indicateur d’arrosage. Il est généralement le premier à présenter des symptômes de manque d’eau avec ses feuilles qui « baissent du nez » de manière très symptomatique.

 

D’énormes besoins en eau

Avec le recyclage des déchets, une des attitudes les plus responsables en matière de sauvegarde de l’environnement est le respect de l’eau. Selon les scientifiques, notre planète recèle 1,34 milliard de kilomètres cubes d’eau. Ressource colossale qui, malheureusement, est constituée à 97 % de l’eau salée des océans. Seulement 0,6 % de cette eau est disponible pour nos besoins, ceux des végétaux et des animaux. Il s’agit donc d’une manne précieuse, surtout que la pollution menace beaucoup de rivières et de nappes souterraines.

Les plantes n’utilisent que 1 % de l’eau qu’elles absorbent, le reste étant évaporé par la transpiration. Par exemple, 1m2 de gazon évapore de 3 à 6 litres d’eau par jour lorsqu’il fait chaud On estime par ailleurs qu’une plante a besoin de 300 à 700 g d’eau pour « fabriquer » 1 g de matière sèche. Il faut par exemple 575 l d’eau pour produire 1 kg de pommes de terre. En France, nous utilisons chaque année en moyenne 100 m3 d’eau par habitant (100 000 l) pour nos besoins propres et trois fois plus pour l’arrosage des terres cultivées !

Sachez en premier lieu que les fuites représentent entre 15 et 20 % de l'eau consommée en moyenne par les ménages. Un robinet qui fuit goutte-à-goutte perd de 4 à 5 litres/heure, soit 35 à 44 m3/an ; une chasse d'eau qui fuit, c’est de 25 à 40 litres/heure, soit 220 à 360 m3/an !

 

Techniques et astuces pour économiser l’eau

Pour toutes les raisons exposées ci-dessus, il est donc important de ne pas gaspiller l’eau dans le jardin. Voici ce que nous vous recommandons :

  • En premier lieu pailler le sol pour éviter l’évaporation et conserver la fraîcheur. Les paillis organiques (compost, BRF, paillettes de chanvre, coques de cacao, tontes de gazon, miscanthus, fibres de bois ou ce coco, etc.) sont plus efficaces à cet effet que les paillis minéraux. Attention, si le paillage permet bien de conserver une certaine humidité au niveau du sol, il agit aussi comme une barrière lors des arrosages superficiels et peut même se comporter comme une « éponge » (le compost notamment). Arrosez au pied des plantes pour permettre à l'eau de bien pénétrer jusqu'aux racines et non sur toute la surface car même un apport d’eau abondant ne mouillera que le paillage et laissera sec la terre située dessous.
  • Espacer les apports d’eau pour renforcer la résistance des plantes ; une légère déshydratation avant arrosage améliore la croissance des racines.
  • Arroser moins souvent mais en grande quantité (10 l/m2), dans les sols dotés d’une bonne consistance. En revanche dans les terres sableuses abreuvez les plantes fréquemment (jusqu’à une fois tous les soirs lorsque la température dépasse les 28 °C dans la journée) mais à petite dose (3l/m2) pour éviter les déperditions.
  • En été, arroser tard le soir ou mieux la nuit (utilisez un programmateur), le sol est alors moins chaud, ce qui limite l’évaporation et profite mieux aux plantes. En revanche, dès le 15 septembre, il sera préférable d’apporter l’eau dans la matinée pour éviter aux plantes une sensation de froid.
  • Arrosez en douceur. Lorsque le débit d'eau est trop important (c’est le cas lors d’un orage par exemple), elle ruisselle en surface au lieu de s’infiltrer au niveau des racines ce qui est inefficace et peut même endommager le pied des végétaux et le sol en surface (effet de battance).

 

Récupérer l’eau de pluie, oui… mais

Il semble logique de privilégier la récupération d'eau de pluie pour économiser l'eau. Pourtant, c'est l’une des techniques les moins efficaces, et des plus onéreuses (rarement rentabilisée en moins de 15 ans). Un récupérateur d'eau de pluie de jardin d’un volume de 300 litres est peu efficace pour économiser l'eau (le volume récolté correspond au mieux à dix remplissages durant l'été, soit environ 3 m3 par an, le reste de l’année le réservoir restant plein et quasiment inutilisé). Il faudrait une cuve enterrée de 10 000 l (10 m3) pour disposer de l’eau nécessaire à l’arrosage d’un jardin de 500 m2 durant un mois (à raison de 5 litres/m2 par semaine). Or, les périodes de sécheresse s’allongeant, on doit considérer cet investissement important (de 3 000 à 5 000 € environ, plus le coût de l’installation au moins égal) uniquement comme un appoint.

Partant d’un prix moyen du mètre cube d’eau de 4 €, chaque remplissage naturel de la cuve représente une valeur de 40 €. Pour couvrir l’investissement moyen de départ, d’environ 8 000 € (qui peut se monter au double), il faudra 200 remplissages complets, soit à minima 20 ans ! Récupérer l’eau de pluie doit donc s’envisager comme une démarche écologique, un engagement envers l’environnement, mais surtout pas comme une économie.

 

Un équipement adapté à chaque besoin

Selon les plantes et les modes de culture vous disposez d’un large choix de matériels et de systèmes pour l’arrosage… Mais attention, le plus important c’est déjà de faire installer un (ou mieux plusieurs) robinet extérieur (ne pas oublier de le vidanger chaque année au début de l’hiver). Ce robinet pourra être raccordé à un tuyau, lui-même relié à un arroseur, à un système d’arrosage ou à un terminal (lance, pistolet). Prévoyez un enrouleur de tuyau pour le stockage en morte saison.

  • L’arrosoir : c’est l’outil de dépannage par excellence, indispensable pour toutes les interventions ponctuelles. Choisissez un arrosoir de contenance moyenne (de 6 à 10 l) afin de ne pas jouer les haltérophiles chaque fois que vous l’utilisez. Les modèles à long bec sont particulièrement recommandés pour toutes les plantes en pots car ils permettent de se glisser sous le feuillage.
  • Les raccords : il existe de nombreuses marques et modèles compatibles entre elles, même si les matériaux sont différents. Les modèles en plastique durent moins longtemps que les raccords en laiton, mais ils sont nettement moins chers.
    Évitez une exposition permanente du plastique à une forte insolation, les rayons ultraviolets étant néfastes aux résines de synthèse. Ayez toujours un ou deux raccords de rechange ainsi que des connecteurs (ou réparateurs) de tuyaux et des nez de robinet. La difficulté consiste à choisir d’abbord le bon diamètre et ensuite les éléments utiles parmi la très large offre présentée sur les linéaires des jardineries ou des grandes surfaces de bricolage.
  • Les tuyaux : s’avèrent indispensables pour la circulation de l’eau dans le jardin. Ils ont bien évolué sur le plan technique ces dernières années. Pour les installations d’arrosage de surface on utilise des tuyaux souples. Optez pour du haut de gamme. Les meilleures fabrications sont renforcées de plusieurs couches de fibres synthétiques tricotées. Cela augmente leur rigidité, ce qui évite la formation de coudes et de hernies.
    Utilisez de préférence des tuyaux de Ø 19 mm pour l’arrosage, plutôt que le standard de diamètre 15 mm En effet, une grosse section permet un meilleur débit, de son côté, une section plus faible augmente la pression.
    Tout comme pour les raccords, évitez l’exposition prolongée au soleil.
  • Les dévidoirs : indispensables pour le stockage et le transport des tuyaux, il faut adapter les modèles à la longueur des tuyaux à enrouler. Des grandes roues, un châssis et un tambour de préférence métalliques et bien sûr un passage d’eau pour ne pas avoir à tout dérouler à chaque utilisation, sont des éléments à prendre en compte.
    Il existe des dévidoirs dits automatique disposant d’un système d’auto-enroulage du tuyau (il suffit de produire une traction d’un coup sec). Un guide-tuyau intégré évite les torsions lors de l'enroulement. C’est très pratique et fiable, mais seuls des tuyaux de petit diamètre (12 ou 13 mm) sont proposés. La plupart des modèles doivent être fixés sur un mur.
  • Les terminaux d’arrosage (lance, pistolet, fusil d’arrosage) permettent de doucher le feuillage, de distribuer l’eau avec précision dans une potée ou une jardinière, de sélectionner les endroits que l’on désire mouiller. Certains modèles peuvent être raccordés à un diffuseur d’engrais, ce qui permet de fertiliser tout en arrosant.

 

Tout ce que nous venons de passer en revue, nécessite la présence permanente de l’utilisateur. Un premier gain de temps consiste à utiliser des arroseurs que l’on raccorde au tuyau. Ils distribuent l’eau de manière autonome, grâce à des systèmes hydrauliques ou mécaniques simples.

Veillez avant tout à la stabilité de votre arroseur et à sa bonne position. Sous l’effet de la pression il peut être déséquilibré s’il n’est pas fixé à un socle solide ou planté dans le sol. C’est très important si vous programmez l’arrosage en période d’absence. L’arroseur doit être positionné de niveau afin que la répartition de l’eau soit homogène sur toute la zone couverte.

 

  • Les arroseurs oscillants sont les plus recommandables car ils distribuent l’eau en pluie fine, la répartissant sur une surface carrée ou rectangulaire. Ils fonctionnent à partir de 1,5 bar de pression. Les modèles haut de gamme permettent d’arroser plus de 300 m2. Ils sont en général réglables par des systèmes simples d’obturation des buses, afin de délimiter la surface arrosée avec précision une bonne.
  • Les arroseurs canons ou cracheurs sont essentiellement utilisés pour la pelouse car ils peuvent couvrir une grande superficie (jusqu’à 700 m2). Ils travaillent sur des cercles ou des fractions de cercles et nécessitent 3 bars de pression pour bien fonctionner.
  • Les arroseurs rotatifs sont munis de bras qui tournent sur leur axe, sous l’effet du passage de l’eau. Ils nécessitent très peu de pression (1 bar) et offrent un débit généreux (jusqu’à plus de 1 500 l/h). Ils couvrent en revanche des surfaces limitées (entre 100 et 250 m2 selon les modèles). La zone d’arrosage est toujours un cercle complet.
 

Un bon conseil : ne tenez pas compte seulement de la surface potentielle couverte par un arroseur, mais aussi de son débit. En effet, c’est la quantité d’eau que reçoit le sol qui compte. Pour la connaître, il suffit de diviser le débit par la surface. Par exemple un arroseur oscillant qui débite 960 l/h et couvre 320 m2, distribue 3 l/m2 en une heure. Pour un arrosage copieux, il faut le laisser fonctionner 2 ou 3 h.

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