Les petits et grands malheurs d’une pelouse que l’on voudrait impeccable

L’image de moquette vivante, régulière, homogène, , d’un vert intense et uniforme que donnent les plus beaux terrains de football ou les golfs tient le plus souvent du fantasme dans nos jardins privés. Parsemé d’une végétation sauvage aux feuilles grossières, ponctué de plaques de mousse, râpé, pelé, jauni ici et là, le « gazon moyen » du jardinier français est souvent loin de ce « gazon anglais » dont beaucoup rêvent comme d’un graal inaccessible.

Outre une préparation du terrain souvent bâclée au moment de sa création, la pelouse « à la française » manque tout simplement de considération. Il suffit  déjà d’admettre qu’il s’agit d’une culture à part entière et non simplement « d’herbe » et qu’à ce titre le gazon nécessite un entretien soigné, pour que tout s’améliore très vite et de manière spectaculaire.

 

Nous vous proposons, dans les lignes suivantes, de passer en revue les principaux problèmes qui nuisent à l’esthétique et à la pérennité d’une pelouse et de vous donner bien sûr quelques solutions pour y remédier…

Les jaunissements

Outre les attaques parasitaires qui seront présentées, plus loin, le jaunissement d’une pelouse, symptôme d’alerte le plus courant, peut avoir des causes multiples :

         • L’urine animale. Des taches jaunes, puis brunes, grossièrement circulaires, avec le pourtour vert sombre, sont des brûlures provoquées par le fait que les chiens apprécient de faire leurs besoins régulièrement dans les mêmes emplacements.

  • Les solutions : sortir l’animal régulièrement pour qu’il ne « s’oublie » pas sur la pelouse et lui en interdire l’accès lorsqu’il et dans le jardin.

         • Taches de carburant : le remplissage du réservoir de la tondeuse doit se faire sur une surface inerte. Les éclaboussures d’essence sur le gazon provoquent des taches brunes qui apparaissent très rapidement.

  • Les solutions : il faudra remplacer la terre sur 10 cm d’épaisseur et soit poser du gazon en plaque, soit utiliser du gazon de regarnissage pour réparer les dégâts.

         • L’excès d’engrais : un mauvais dosage lors de la fertilisation de la pelouse ou l’apport d’engrais sur un gazon assoiffé provoque dans les jours qui suivent des rayures ou des taches jaunes qui virent au brun.

  • Les solutions : respectez bien les conditions et les doses d’emploi préconisées sur l’emballage du produit, ne surdosez jamais. Appliquez toujours l’engrais sur une pelouse humide, le matin suivant un arrosage le soir par exemple.

         • L’excès de piétinement : lorsque la pelouse a servi de terrain de jeu ou de lieu de pique-nique il est indispensable de l’arroser très généreusement et d’apporter un engrais quelques jours plus tard pour lui permettre de se « refaire une santé » sinon, vous constaterez souvent des taches de jaunissement éparses, sans oublier aussi quelques zones pelées sur lesquelles il faudra épandre un gazon de regarnissage.

Les herbes indésirables

Par définition, le gazon étant constitué de graminées sélectionnées entre autres  leur finesse, la présence de plantes à feuilles larges détonne dans la pelouse et lui donne un aspect négligé. Par ailleurs, leur couleur vert plus foncé tranche avec la teinte plus délicate du gazon.

  • Les solutions : il faut faire en sorte que la densité du gazon et sa vigueur ne permette pas aux espèces indésirables de s’implanter. Soignez tout particulièrement l’entretien : tonte pas trop rase (ne coupez pas plus d’un tiers de la hauteur du brin de gazon à chaque fois), fertilisation (gare aux excès d’azote !), arrosage, un gazon sain et dense constituant une barrière naturelle difficilement franchissable pour les graines des plantes sauvages.

L’interdiction par la loi Labbé de vente, d’usage et de détention de tous les produits d’origine chimique de synthèse pour les jardiniers amateurs (mais aussi les espaces verts publics). L’arrachage manuel des adventices vivaces à longues racines : pissenlit, chardon, liseron, oseille sauvage… est la seule solution. Il existe des outils pratiques sous forme de pinces que l’on enfonce avec le pied et qui, grâce à simple système de levier extraient la plante et sa racine sans effort.

La farine de gluten de maïs est homologuée au Canada pour lutter contre les plantes indésirables dans les greens de golfs et les pelouses. Le produit ne tue pas les herbes indésirables, mais il les empêche de pousser en bloquant leur germination.

La mousse

La présence de mousses dans le gazon indique un sol mal aéré à réaction acide, une exposition souvent ombragée et un excès d’humidité. Une pelouse mal entretenue, malade ou attaquée par divers bioagresseurs, risque d’être vite colonisée par la mousse.

  • Les solutions : une scarification en septembre élimine les mousses de façon très efficace en les extirpant du sol.

Pour les gazons poussant sous la frondaison des arbres, élaguez ces derniers de manière à ce qu’ils ne procurent pas un e ombre dense, mais une lumière tamisée.

Tout comme les désherbants sélectifs, la législation a interdit l’emploi du sulfate de fer en tant qu’anti-mousse pour le gazon. On ne trouve donc plus d’engrais anti-

Mousse. En revanche, certains fabricants ont contourné le problème en proposant le sulfate de fer comme « reverdissant », et le préconisent pour le gazon. Attention, ce produit tache les dallages et fait rouiller le métal.  On l’utilise de préférence à la fin de l’hiver (février/mars). Le traitement anti-mousse n’est qu’une solution à court terme qui ne résout pas le fond du problème, d’autant que le sulfate de fer a tendance à acidifier le sol, ce qui est favorable au retour de la mousse !

Les maladies cryptogamiques

Beaucoup de champignons pathogènes peuvent potentiellement attaquer le gazon : rouille, fusariose, oïdium, helminthosporiose sont surtout redoutés par les professionnels des golfs ou des terrains de sports. La maladie la plus courante et la plus facile à diagnostiquer est le fil rouge. Les extrémités des touffes de gazon prennent une teinte brun-rouge. On observe aussi un mycélium rose, avec des petits amas cotonneux ou gélatineux. Le champignon (Corticium fuciforme) se développe idéalement à des températures comprises entre 15 et 20 °C. On l’observe surtout entre juin et septembre Une humidité élevée favorise sa croissance. Toutes les graminées du gazon peuvent être atteintes, la fétuque rouge et le ray-grass anglais semblant être les plus sensibles.

  • Les solutions : l’apparition du fil rouge signale une pelouse mal nourrie ou dont le sol est compacté. Une scarification deux fois par an (printemps et septembre) constitue une bonne prévention. Un  apport d’engrais fortement dosé en potassium (engrais tomates ou fraisiers par exemple) est conseillé.

Bien affûter la lame de la tondeuse pour obtenir une coupe franche du gazon réduit les risques d’apparition du fil rouge.

Les ronds de sorcières

Dans les sols pauvres et secs et lorsque le gazon forme un feutrage abondant, on observe parfois la formation d’une ou plusieurs zones pelées qui s’étendent progressivement. C’est alors qu’à leur périphérie apparaissent des champignons selon une disposition partiellement circulaire (rares sont les cercles complets).. Cette formation singulière prend le nom de « rond de sorcière » ou de « cercle des fées ». Plusieurs espèces peuvent être à l’origine du phénomène mais dans les pelouses, il s’agit le plus souvent du Marasme des Oréades (Marasmius oreades) un champignon au chapeau brun, bon comestible qui apparaît de mai à octobre et le Clitocybe géotrope, plus élancé, blanc et peu savoureux exclusivement automnal.

Dans la partie interne du cercle, le gazon reste chétif, tandis qu'à l'emplacement où ont « poussé » les champignons, il forme un anneau d'un beau vert foncé.

  • Les solutions : récoltez les champignons (il s’agit en fait des fructifications du mycète) de manière à éviter la dissémination des spores. Fertilisez régulièrement la pelouse, de préférence avec un engrais minéral (les mycètes sont saprophages, c'est-à-dire qu'ils se nourrissent de matière organique) et apportez de la chaux magnésienne pour corriger l’acidité du sol.
Pelouse à problèmes

Les insectes

Contrairement à ce qu’affirment certains, la pelouse n’est pas un « désert écologique », bien au contraire. Une faune abondante et variée vit entre les brins d’herbe, s’en nourrit parfois directement ou consomme les parties mortes des touffes de gazon. À l’échelle d’une fourmi par exemple, la pelouse constitue un écosystème complexe où se produisent d’innombrables interactions entre les êtres qui le composent.

Plusieurs espèces d’insectes vivent dans la pelouse. La plupart sont bénéfiques et contribuent à maintenir l’équilibre dans le sol. Les espèces végétariennes, quant à elles, peuvent poser des problèmes lorsqu’elles deviennent trop dominantes du fait d’un déséquilibre dans l’écosystème de la pelouse.

         • Le hanneton : le développement larvaire de ce gros coléoptère brun se déroule dans le sol sur un cycle de 3 ans. Les larves sont de gros vers blanc-crème (on les appelle d’ailleurs « vers blancs »), d’environ 3 cm de long, courbés en demi-cercle. Munis de six pattes, ils ont une tête brune et sont marqués d’une tache noire à l’extrémité de l’abdomen. Le corps du ver blanc et lisse ce qui permet de le distinguer de la larve de cétoine (utile car elle consomme des débris organiques) qui porte des poils raides sur le dos. Dotées de mandibules puissantes, les larves de hannetons se nourrissent, au printemps et en été, des racines d’un grand nombre de plantes. Dans les pelouses, une forte présence de hannetons ses caractérise par le flétrissement, le dessèchement et la décoloration du gazon en dépit d’un arrosage correct. On observe aussi un jaunissement par petites zones, le gazon prenant dans ces endroits une consistance spongieuse, avec la possibilité de l’extraire facilement du sol par plaques. On peut aussi observer une présence inhabituelle d’oiseaux qui viennent picorer la pelouse à la recherche des larves.

  • Les solutions : dans un sol pauvre et déséquilibré, la pelouse se montre la plus  vulnérable aux attaques de vers blancs. En nourrissant bien le gazon avec un fertilisant approprié, en effectuant des tontes régulières qui favorisent le tallage des touffes de gazon, vous obtenez une pelouse dense, peu attrayante pour les hannetons. Une grande diversité dans les espèces constituant le gazon constitue aussi une bonne prophylaxie.

Favorisez aussi un enracinement profond avec une bonne préparation du sol lors de la création de la pelouse et par des arrosages abondants (en pluie fine pour que l’eau s’infiltre bien), mais bien espacés (pas plus d’une fois par semaine).

Une tonte assez haute (8 à 10 cm), de préférence par temps sec et en mulching rend les conditions moins favorables pour la ponte des hannetons qui se produit au tout début de l’été.

L’utilisation d’un engrais faiblement dosé en azote est recommandée car les produits azotés présentent une bonne attractivité pour les hannetons.

Divers auxiliaires sont utilisés dans la lutte biologique contre les larves de hannetons :

Le champignon Beauveria brongniartii, naturellement présent dans le sol et inoffensif pour les humains, les animaux domestiques et les auxiliaires, parasite les vers blancs. Il doit être incorporé au sol au printemps, ce qui le fait plutôt utiliser au moment de la création de la pelouse, d’autant que le Beauveria reste actif plusieurs années.

Des nématodes (vers microscopiques) tels Heterorhabditis bacteriophora, Steinernema feltiae ou Steinernema carpocapsae peuvent être utilisés comme auxiliaires. Ils agissent en parasites sur les larves. Les nématodes étant présentés sous forme de poudre à diluer dans l’eau. Ils peuvent être appliqués avec efficacité directement sur la pelouse attaquée. En moins de 10 jours, tous les vers blancs sont éliminés. Attention, les nématodes n’agissent qu’à titre curatif, leur action cesse dès qu’il n’y a plus larves dans le sol.

Notez que la présence de fourmis dans la pelouse peut être souhaitable car elles consomment les œufs des hannetons.

         • Le taupin : c’est un coléoptère dont la larve appelée « ver fil de fer » est surtout redoutée dans les potagers, mais elle apprécie aussi les racines des graminées, notamment celles du gazon. La larve de taupin vit 4 ans dans le sol, répétant ses dégâts au printemps et en été.

Les taupes sont les ennemis naturels des larves de taupins, mais aussi des indésirables dans les pelouses !

  • • Les solutions : outre les conseils d’entretien donnés plus haut pour gêner la propagation des hannetons, l’emploi de tourteau de ricin est très efficace pour se débarrasser des larves de taupins. Le produit agit comme un engrais pour la pelouse et il empoisonne les vers fil de fer.

         • La noctuelle : la larve de ce papillon nocturne dont il existe une espèce spécifique des graminées appelée « noctuelle du gazon » (Tholera cespitis) est appelée « ver gris ». Ce ravageur surtout présent dans l’est de la France, se nourrit des racines et provoque des symptômes similaires à ceux des taupins. Les dégâts ont lieu de mars à juillet.

  • Les solutions : la lutte est identique à celle mise en place contre les taupins.

         • La tipule : c’est une sorte de « moustique géant » que l’on désigne aussi parfois sous le nom de « cousin ». Totalement inoffensif à l’état adulte, ses larves en revanche, provoquent de gros dégâts dans les gazons. En effet, la femelle tipule pond en été dans le gazon et les larves se nourrissent des jeunes pousses jusqu’à leur transformation en imago (adulte) au printemps suivant. Les symptômes sont un jaunissement et un brunissement parfois spectaculaire.

  • Les solutions : le nématode Steinernema carpocapsae préconisé contre les hannetons, montre une bonne efficacité à l’encontre des larves de tipules. Il est aussi possible lorsque les dégâts sont localisés, d’arroser le soir très abondamment la partie de pelouse abîmée et de la couvrir d’un voile ce qui permet le lendemain matin de récolter une bonne quantité de larves (les tipules n’apprécient pas l’humidité).

Les vers de terre

Chacun sait que les vers de terre (lombrics) jouent un rôle majeur dans la fertilité du jardin. Ils ameublissent et drainent le terrain en forant des galeries en permanence et ils l’enrichissent avec leurs déjections. Il n’est donc pas question de les éliminer, même si leurs excréments rejetés à la surface de la pelouse en automne et en hiver forment des tortillons (turricules) inesthétiques.

  • La solution : il suffit de passer un balai à brosse dure pour disperser ces éléments riches en matière organique.

Les taupes

Ce mammifère insectivore de mœurs souterraines se nourrit de vers, principalement des lombrics, mais également des larves d’insectes qui rongent les racines du gazon. Le rôle de la taupe dans un jardin et donc ambigu car elle consomme des auxiliaires importants (les lombrics) mais aussi de ravageurs. En fait, ce qu’on lui reproche surtout dans les pelouses, ce sont les taupinières. Ces monticules sont constitués par les déblais de la terre extraite des galeries de chasse que l’animal creuse en permanence. Les taupinières nuisent à l’aspect esthétique de la pelouse et constituent des obstacles qui abîment les lames de la tondeuse.

Par ailleurs, en creusant leurs galeries de chasse juste sous la surface du sol, les taupes enlèvent le sol qui entoure les racines des plantes. Non protégées et suspendues dans la galerie, ces dernières se dessèchent entraînant le jaunissement du gazon.

  • Les solutions : des générations successives de jardiniers ont inventé des méthodes plus ou moins efficaces, souvent cruelles pour lutter contre les taupes. Les plantes dites répulsives : ricin, fritillaire impériale, incarvillée, euphorbe (Euphorbia lathyris), oignon, ail, sureau… ont une efficacité très relative, de même que les spécialités répulsives homologuées à base d’huile d'os. Il en est de même pour les émetteurs d’ultrasons

Les pièges pyrotechniques restent le moyen ponctuel le plus efficace pour un jardinier amateur. Il faut les manipuler avec précaution en respectant scrupuleusement le mode d’emploi.

En cas de très forte infestation, l’appel à un professionnel (taupier) peut s’avérer la meilleure solution (voir sur internet selon les régions).

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